Les candidats travaillent les terroirs en profondeur. Hier, l'UMP rencontrait les responsables viticoles du cognac et du pineau
Une campagne électorale, c'est toujours, quel que soit le scrutin, la nécessité de se frotter aux réalités de chaque terrain. Avec les élections européennes, dont les circonscriptions sont immenses, les problèmes varient. Pour la zone Ouest, difficile par exemple de mettre l'élevage breton dans le même sac que la viticulture charentaise. Les candidats s'efforcent donc de balayer large, de laisser parler également leurs centres d'intérêt.
Prenons le cas de l'UMP, qui tenait meeting hier soir à Cognac (sans Laurent Wauquiez, pourtant annoncé à grand renfort de publicité), avec une tête de liste arrivée en retard pour cause d'enregistrement de débat télévisé à Nantes.
En attendant Christophe Béchu, la numéro deux, Élisabeth Morin, n'a pas perdu son temps. Députée européenne sortante, l'ancienne présidente de Région sait le poids électoral primordial du monde viticole dans les deux départements charentais. C'est pourquoi elle avait sollicité une rencontre avec les responsables du secteur, ne serait-ce que pour tenir ses fiches à jour, elle qui avait invité voilà quelques mois une délégation de parlementaires européens dans la zone délimitée.
Cette chère libéralisation
Premier point abordé par le président du Bureau national du cognac, Bernard Guionnet, cette fameuse libéralisation des droits de plantation qui va vite pointer le bout de son nez à l'échéance 2013, les choses devant être réglées en 2018. L'histoire risque de ne pas être triste dans le secteur puisque dans la région on parle d'AOC pour les eaux-de-vie mais de vins de table quand il s'agit des vignes. « Or, quand le cognac va mal, on fait du vin de table », a rappelé Bernard Guionnet, Jean-Bernard de Larquier, le chef de la famille viticole au BNIC, évoquant pour sa part le futur travail fort de lobbying que vont devoir mener les Français aidés par les Espagnols, les Italiens et les Portugais, principaux concernés.
« Il nous faut veiller à sauvegarder l'appellation, éviter qu'en matière de règlements s'ouvre une sorte de libéralisme oenologique », a poursuivi M. de Larquier, attirant cette remarque de M. Prioton, le président du Syndicat des viticulteurs bouilleurs de crus : « Libérer les droits de plantation, c'est permettre à des gens venant de l'Est ou du Moyen-Orient de venir s'installer ici. On sait qu'ils se casseront les dents, mais dans le même temps, ils nous tueront ! »
Il est vrai qu'actuellement, la surface du vignoble de la zone délimitée cognac est de 80 000 hectares, alors que la surface susceptible d'être plantée est de... 680 000 hectares. Cherchez la possible erreur.
Affaire du rosé
Le problème, c'est qu'Élisabeth Morin n'a pas caché qu'en matière agricole, avec Mariann Fischer Boel, les gens de la terre devaient se coltiner une commissaire européenne gratinée côté libéralisme. « On ferraille, mais ce n'est pas simple. L'affaire du rosé, c'est elle », a rappelé Mme Morin. Elle espère que le traité de Lisbonne puisse régler la question : il doit permettre à l'agriculture d'entrer dans le domaine de la « codécision », les parlementaires pouvant alors avoir voix au chapitre au même titre que la Commission.
Même réponse de la députée sortante lorsqu'il s'est agi de parler fiscalité à propos du pineau, ses producteurs réclamant à cor et à cri, on le sait, une harmonisation fiscale. « L'Europe va devoir réinvestir la politique afin que les parlementaires soient vraiment décideurs. On ne peut plus laisser la main pleine et entière à la bureaucratie », a dit Mme Morin.
Il serait sans doute temps, en effet, d'y songer... Avec jusqu'alors un poids si mince du député européen, l'électeur lambda peut se poser la question de son utilité. Ceci explique sans doute en partie le taux d'abstention redouté pour le 7 juin.