En quoi les mots changent-ils notre relation aux choses ? Voilà donc que par la magie des mots, le Cahors devient Malbec de France, rien de moins, et que la petite AOC Tricastin devient Grignan-les-Adhémar.(
lire ici) Rien de très décoiffant, mais au moins, espèrent les vignerons, le consommateur n’associera-t-il plus les vins à la centrale nucléaire voisine. C’est encore avec les mots qu’Alain Senderens, le chef de Lucas Carton explique en quoi le vin a changé sa cuisine, tandis qu’à Londres, afin de lutter contre la médiocrité des cartes de vins des restaurants, un club d’un nouveau genre propose à ses membres d’aller au restaurant avec ses bouteilles.(
lire ici) Toujours avec les mots, le bloggeur jurassien Olif raconte avec humour et un sens aigü de l’observation sa dégustation au domaine de la Romanée Conti, réalisation du rêve oenophile.(
lire ici) Tandis que le Mondial s’installe sur nos écrans de télé, les vignerons sud-africains saluent à leur manière la réconciliation nationale en cours.(
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Malbec et Tricastin, reconversion lexicale
C’est un peu le monde à l’envers. Créées en 2008 en partenariat avec la ville argentine de Lujan de Cuyo, les Journées Internationales du Malbec qui se sont déroulées du 21 au 23 juin dernier, ont été un podium pour annoncer le renouveau de l’appellation Cahors, auto-baptisée Malbec de France. Le quotidien
Le Parisien résume la problématique : « Les vignerons et négociants en vin de Cahors, en plein marasme économique et identitaire il y a cinq ans, reprennent espoir depuis qu'ils sont passés à l'offensive internationale sous la bannière de leur cépage emblématique, le Malbec, qui a fait le succès des vins argentins. » Sur le site
Objectifnews.com, Jérémy Arnaud, directeur marketing de l’Union professionnelle du Vin de Cahors, précise : « Il est évident que la notoriété du Malbec argentin nous a bénéficié par un effet d’entraînement. Notre recherche d’efficacité nous amène à dire que l’on est dans la roue des Argentins même si l’on n’a pas la même taille. Le succès que rencontre le Malbec, alors même qu’il est très peu produit, nous permet d’envisager à court terme une véritable internationalisation. » L’Agence France Presse, reprise par
Le Figaro, Le Progrès, annonce, elle, que l’Inao autorise les vins de l’appellation Tricastin, « handicapés par la notoriété de la centrale nucléaire voisine », à changer de nom. Ils se nommeront donc désormais vins de « Grignan-Les Adhémar ». Henri Bour, le président de l’appellation, mise beaucoup sur l’histoire de Grignan où la marquise de Sévigné résidait et précise : « Malgré une série d’analyses démontrant l’absence de radioactivité suspecte dans le vignoble, l’appellation a perdu « 40% de son volume en deux ans » et les arrachages de vignes ont atteint 600 hectares en 4 ans, laissant 2.100 hectares pour l’AOC ». Cette offensive lexicale change-t-elle le goût du vin ?
Vin au restaurant : sus à la médiocrité
Alors que les restaurants français ont dans leur immense majorité raté le rendez-vous de la baisse de la TVA pour revisiter leurs cartes des vins, un chef, et non des moindres, Alain Senderens, officiant au Lucas Carton à Paris, raconte avec verve dans une interview video au site
bourgognelive.com comment le vin a changé sa cuisine. Sept minutes savoureuses dont voici quelques extraits : « Le vin a changé ma vie, ma cuisine. Moi-même je suis devenu plus élégant, plus sensible ». « On va au restaurant. Il y a la carte. On choisit. Le sommelier vous dit, vu ce que vous avez choisi, je vous conseille tel vin. Vous avez pris un poisson, j’ai pris une viande. C’est toujours bâtard. C’est scandaleux. C’est le plus petit dénominateur commun. Et on dit que le vin est moyen ! » « C’est le cuisinier qui doit prendre le vin, modifier son plat pour faire plaisir au vin ».
Il semble que de l’autre côté de la Manche les amateurs de vin britanniques aient tout autant à redire que nous des vins servis au restaurant. Jancis Robinson, la journaliste du Financial Times, se fait l’écho dans son
blog, d’une initiative dont on pourrait prendre de la graine : « Un couple londonien d’amateurs de vins, Christopher and Khadine Rose, crée le « BYO Wine Club » afin de « ne plus boire de mauvais vins au restaurant ». « Les membres paient une cotisation de 75£ par an pour avoir le privilège de venir dîner au restaurant avec leurs bouteilles de vin». La formule fonctionne avec une liste de restaurants recensés sur le site du club. Les petits ruisseaux font les grandes rivières, dit-on.
Olif au Domaine de la Romanée Conti
Olif est un oenophile et partage le rêve des oenophiles : déguster les grands crus, dont le mythique Domaine de la Romanée Conti. Il raconte dans son
blog cette rencontre, avec humour et distance, façon quidam qui a gagné au loto. Cela donne : « Ça y'est, je peux mourir. Pas après avoir vu Venise, un truc de belle-mère, mais pour être allé à la Romanée-Conti. Le rêve inaccessible de tout œnophile normalement constitué. Un genre de quête du Graal qui laisse complètement ébahi une fois la geste accomplie. (...) Sur le portail rouge, anodin en apparence, deux initiales au sommet. RC. Pas besoin d'en dire plus. Cela ne peut aucunement signifier Rez-de-Chaussée. Le quidam passe devant sans même se détourner, là où l'initié se génuflexionne et s'auto-flagelle à grands coups de guide vert de la RVF sur la tête, en rêvant de pouvoir un jour y introduire ne serait-ce que le bout d'un orteil. (...). Comment peut-on recracher ça, même à ce stade? Floral, fin, élégant, suave, hautement buvable. Le temps suspend son vol à nos lèvres. Le seau restera désespérément vide, même si, le fin du fin consistera à participer à l'ouillage collectif en remettant la dernière petite goutte du verre dans le fût où elle a été prélevée. Un petit geste solidaire mais méritant, que Dieu saura rendre. » C’est bon de rire de soi.
Mondial : l’acte symbolique des vignerons sud-africains
L’information vient de l’AFP, a été reprise par de nombreux journaux. Parmi ceux-là le quotidien réunionnais : « Les vignerons sud-africains ont formé deux milliers de serveurs de couleur à l’art de marier vins et plats, dans l’espoir de profiter du Mondial pour faire découvrir aux étrangers la richesse des crus locaux ». Les journalistes précisent : « Pour financer le projet, les vignerons ont créé un alliage de rouges nommé « Fundi » (« apprenti » en zoulou), explique Andre Morgenthal, de l’association professionnelle Wines of South Africa. Nous nous sommes fixé l’objectif ambitieux de former 2 010 serveurs. Ce vin a été élaboré pour générer les fonds nécessaires au projet. (...) Seize ans après la chute de l’apartheid, les domaines comme les grands restaurants qu’ils abritent restent majoritairement aux mains des Blancs, tandis que la main-d’œuvre est composée de personnes de couleur. « La réalité est qu’une énorme proportion de non-Blancs travaillent dans ce secteur », souligne M. Morgenthal. « Il était donc complètement logique de former des gens de couleur. » Il semble que les vignerons sud-africains ont su marier marketing et valeurs.