Parler vin avec Henry d'Assay, le châtelain du Château de Tracy (Pouilly sur Loire), c’est un vrai régal. Quand un domaine est dans votre famille depuis le 16ème siècle, le souci premier n’est pas de "fourguer" à la presse le dernier millésime en date, mais de perpétuer une tradition, et de transmettre aux générations futures un domaine dans le meilleur état possible. Comme l’ont fait avant lui le fondateur de la lignée, un Ecossais du nom de Stutt, anobli par Charles VII, et l’autre héros de la famille, Antoine Louis d’Estutt de Tracy, aristocrate progressiste, ami de Lafayette et de Jefferson.
Façon de parler, Monsieur le Comte n’a rien «à vendre», il ne veut pas vous convaincre, il fait son travail de vigneron, il le fait bien, et ses vins sont bien plus «vendeurs» que lui.
C’est pour la bonne cause
Depuis la fin des années 90, sur les 31 hectares du domaine (silex et calcaire), on n’utilise plus de pesticides, on enherbe, on leurre, on rogne, on ébourgeonne, on effeuille, on taille en vert, on trie par parcelles. Bref, on ne se simplifie pas vraiment la vie, mais c’est pour la bonne cause; l’expérience menée avec des replantations à haute densité va aussi dans ce sens – pas vraiment celui du mercantilisme, car les rendements à l’hectare ne font que baisser. Moi, ce genre de considérations, ça me rassurerait plutôt sur le genre humain – et notamment le genre vigneron. Bref, on apprécie le discours, mais surtout sa traduction dans le vin.
In vitro veritas
D’abord, il y a la cuvée jeunes vignes, le «Mademoiselle de T». Monsieur le Comte est plutôt modeste à son endroit; en 2007, comme en 2008, j’ai pourtant beaucoup aimé ses notes de citron, légèrement pétrolées, au nez ; surtout, en bouche, la touche grillée, mais pas vanillée, est très bien fondue, l’équilibre gras/acidité est remarquable et la finale minérale lui redonne du punch.
Ensuite, il y a le Château de Tracy proprement dit ; en version 2006, cela donne un Pouilly-Fumé très structuré, les arômes primaires de fruits frais commencent à s’équilibrer avec le côté pierre à fusil ; la bouche est complexe. La version 2005, étonnamment, est assez vive pour une année aussi chaude: notes d’agrumes au nez, avec une touche de silex ; en bouche, retour du fruit (avec un côté poire mûre). Apothéose finale avec des notes de pêche, soutenues par une acidité bien fondue. Et si je vous parle de millésimes déjà "anciens" (tout est relatif), c'est que les Tracy sont des Pouilly de garde. Trois ou quatre ans de repos ne font que les magnifier.

Enfin, il y a la cuvée Haute Densité (HD, pour les intimes). Le vin est issu d’une parcelle d’un petit hectare de sols calcaires, planté à raison de 17.000 pieds. Les vignes ont huit ans, c’est l’histoire d’une intuition, d’un pari, d’une recherche des limites. L’idée était que des vignes mises en forte concurrence plongeraient plus profondément dans le sol.
Le 2004, présenté en février 2007, était le premier millésime produit de cette cuvée (à Tracy, on prend son temps). Objectivement, cela donne un vin plus qu’intéressant. Au nez, la citronnelle et l’ananas dominent ; en bouche, l’acidité est marquée, la matière importante, la finale minérale, mais lisse; rien de monstrueux, non, de l’élégance malgré le volume. Bref, un vin de grande classe, un Sauvignon de Loire qui est un démenti flagrant à ceux qui considèrent ce cépage comme trop simple, et les vins qui en sont issus comme trop variétaux. 4.200 bouteilles produites, à peine 30 hectos à l’hectare.
La classe
Tracy, c’est la classe, la vraie. Une référence, à Pouilly. On connaissait la noblesse d'épée, la noblesse de robe... il y a aussi la noblesse de cave ! D’ailleurs, le Château de Tracy est membre de «Vignobles & Signature», un « club » de producteurs qui comprend aussi de grands noms comme Paul Blanck & Fils, en Alsace, Couly-Dutheil, à Chinon, Drappier, en Champagne, Durup, à Chablis, L’Hortus, en Languedoc, ou le Château de la Gardine, à Orange. Des vins qui tiennent le haut du pavé…
Voir sur internet :
château de tracy et le
club vignobles & signature