Au château Freyneau,
Epaules de deuxième ligne, physionomie engageante et poignée de main solide, Éric Maulin a le verbe généreux quand on l'interroge sur l'aventure du château Freyneau.
Le gaillard incarne la troisième génération à la tête de ce domaine viticole de Montussan. Il en parle comme d'un héritage dont il ne serait que dépositaire provisoire, à charge de le faire fructifier et de le transmettre.
Troisième et premier
Il est toutefois le premier de la lignée à se prévaloir d'une formation professionnelle spécifique et de diplômes d'origine contrôlée.
L'approche technicienne perce parfois derrière l'esprit de famille. À deux phrases d'intervalle, il évoque la traction animale entre les règes, puis la manipulation des barriques par chariot élévateur et berceaux d'aluminium. Il rend un hommage affectueux à ses prédécesseurs et s'attarde sur l'isolation de son chai. Le bâtiment allie depuis 2007, locaux d'accueils et isolation durable...
Sacerdoce
Éric Maulin est « tombé dedans à la naissance ». Mais au lycée agricole, il a découvert que des jeunes venus d'autres horizons pouvaient choisir la viticulture par goût. Jusque-là, autour de la table familiale, on tenait davantage cette activité pour un sacerdoce que pour un métier.
Sa formation, l'alternance de conjonctures fastes et de revers imprévus, l'ont aussi amené à inclure dans ses choix, les attentes des clients et la demande des marchés. Très tôt, ce souci de la commercialisation l'a amené à développer la vente directe et la présence dans les foires et salons. Les échanges avec les acheteurs et les producteurs de tous les coins du monde l'ont incité à ouvrir davantage les oreilles qu'auparavant. Voire à goûter des produits qu'il lui a bien fallu considérer comme des concurrents conquérants, comme des rivaux dangereux.
« Aujourd'hui les étrangers n'achètent pas une boisson. Ils veulent la petite histoire... Ils exigent de l'authentique... », scande Éric Maulin.
« Il faut faire partager sa passion. Montrer en quoi son vin est unique... »
Location
La saga familiale détaille les étapes de l'exploitation, passée de 4 à 40 hectares. Le récit démarre à la Libération avec un grand-père fermier pluri-actif. Puis un père qui parvient à acquérir 3,5 hectares autour du château et développe son activité, à surface égale, sur des parcelles en location.
À la main
« À l'époque, le négoce achetait tôt et élevait les vins lui-même », témoigne Éric Maulin. « La bouteille représentait 20 % de la récolte et se vendait par le bouche-à-oreille. On produisait au maximum 10 000 bouteilles », se souvient notre homme.
En ce temps-là, les flacons s'achetaient à l'unité. Les bouchons et les capsules se trouvaient chez le même détaillant. On réalisait le conditionnement en famille. À la main.
« On travaillait les sols sous les pieds », assure le producteur. Pas fâché que les préoccupations environnementales convoquent à nouveau les réflexes vignerons.
Encépagements
Aujourd'hui Château Frey- meau produit entre 15 000 et 20 000 bouteilles de blanc en Bordeaux. 20 000 bouteilles de rosé et 180 000 bouteilles de rouge en Bordeaux et Bordeaux supérieur.
Les ventes en vrac ne représentent plus que 10 à 15 % d'une récolte et toujours au seul et même négociant. L'encépagement est à 70 % du merlot pour les rouges. Plus 18 % de cabernet sauvignon et le reste en malbec.
Les cépages blancs sont le sauvignon (70 %), le sémillon (20 %) et la muscadelle (10 %).
Château Freyneau 81, route de Sorbède, 33450 Montussan. Tél. 05 56 72 95 46.